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04-12-2014
Le Petit Théâtre du Bout du Monde

Le Petit théâtre du Bout du Monde est un projet de création dont j'ai souhaité qu'il se déroule en trois temps

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Banquet Shakespeare

D’après Shakespeare notre contemporain de Jan Kott et les tragédies de William Shakespeare


Assise à un pupitre faiblement éclairé, au bord d’un dispositif circulaire en forme de cratère, une femme nous attend. Elle semble avoir subi le contre-effet de l’obscurité à laquelle elle se cantonne depuis si longtemps.

Le lieu, c’est le sien, son théâtre rond comme le « Globe » de Shakespeare ou comme le cirque d’un musée. Il n’est pas à notre échelle mais à celle des personnages qui, guidés par la narration du texte de Jan Kott, viendront revisiter les lieux du crime, c’est à dire le plateau de ce petit théâtre en bois, constitué par le fond du cratère.

Refaire inlassablement, pour qui veut l’écouter, le parcours de la fureur au silence, du crime à la folie ? Tous ces rois, ne sont ici qu’un seul roi, dont les différentes mues sont les métamorphoses, d’Henry II en Richard III, puis en Hamlet, Macbeth, jusqu’au roi Lear dont l’ultime chute ne permet plus aucune résurrection. Peut-être que tout cela n’est qu’un jeu ? De dessous, d’une trappe ou d’une autre, apparaissent et surgissent ces personnages tour à tour intrigants, stupéfiants ou observateurs.
La somptuosité de l’écriture de Shakespeare sort par de minuscules bouches.
Conspiratrices, amoureuses, terrorisées, silencieuses… Ici, découvrant un crâne dans un sac rempli de terre ; là, cherchant à poser une couronne sur la tête d’une créature sans visage : on ne joue pas les scènes, on peut les raconter. Il se joue autre chose, reflet de cette « longue chaîne de crimes » dont parle Jan Kott.


Odile Sankara, la comédienne-griot, agit sur la machinerie du récit, au sens figuré comme au sens propre ; disposant sous la main des commandes de l’accastillage de son vieux théâtre en bois, elle va à la pêche des spectres et des petits personnages les réveillant de leur nuit profonde dans laquelle ils avaient sombré.
Banquet Shakespeare est un spectacle, qui s’appuyant sur le livre de Jan Kott Shakespeare notre contemporain, cherche à explorer ce que l’auteur appelle le « grand mécanisme » qui lie indissolublement le crime et la couronne dans les tragédies noires (the dark plays jouées le soir aux chandelles, les autres étaient jouées l’après-midi), chroniques de l’histoire de la lutte pour le pouvoir en Angleterre, de la fin du XIVème siècle aux dernières années du XVème siècle.
« Ce qui nous frappe ici, c’est que l’histoire fait du sur place. Dans chaque tragédie, on dirait que l’histoire décrit un cercle pour revenir à son point de départ. Ces cercles répétés, ce sont les règnes successifs. Dans chacune des chroniques, le souverain légitime traîne une longue chaîne de crimes ». Jan Kott


Le « banquet » dont le spectacle tire son nom est celui de l’éternelle vengeance. Son menu pourrait être celui décrit par Titus dans Titus Andronicus :

Ecoutez, scélérats, je vais broyer vos os en poussière,
De votre sang et de celle-ci faire une pâte,
Puis de cette pâte un cercueil,
Et je ferai deux pâtés de vos têtes honteuses,
Et prierai cette catin, votre mère sacrilège,
D’avaler sa propre engeance jusqu’à la terre.

Tel est le festin auquel je l’ai conviée ;
Et tel est le banquet dont elle va se repaître.


Ni leçon, ni analyse universitaire au sens étroit, le texte de Jan Kott est un chemin dans l’œuvre de Shakespeare. Il est l’occasion de côtoyer intimement, presque en même temps, tous les personnages de ses tragédies. Nous en saisissons quelques pages pour jalonner ce parcours qui ne semble pas avoir d’autre fin possible que la solitude et la folie personnifiées par Lear. Le grand mécanisme s’est inversé brutalement et de la façon la plus étonnante : les rois qui cheminaient jusqu’alors à l’extérieur d’une spirale ascendante, trouvent leur image inversée dans Lear, qui étrangement aspirés par l’intérieur de la spirale, tomberait dans un sombre vortex sans retour. De l’analyse du mécanisme meurtrier, il nous mène à l’homme nu, démuni de tout, tenant sa fille morte dans ses bras. Après Lear, « c’est tout. Il n’y a pas de nouveau roi. Le plateau reste vide comme le monde. » Jan Kott


Ezéquiel Garcia-Romeu et Laurent Caillon

A propos de Jan Kott

Jan Kott (1914-2001) est le plus célèbre critique et théoricien polonais du théâtre. Installé aux Etats-Unis à partir de 1966, il a enseigné aux universités de Yale et de Berkeley. Il est l’auteur aussi de Manger les dieux. Essai sur la tragédie grecque et la modernité.

Shakespeare notre contemporain a été écrit en 1962. C’est ce livre qui a largement influencé les mises en scènes des années 70, notamment dans le rapprochement qu’il fait entre Shakespeare et Beckett, en particulier concernant le Roi Lear.

Peter Brook, qui lui rend hommage dans la réédition Payot de 2006, parle de lui en ces termes : Voici un homme qui commente l’attitude de Shakespeare devant la vie en se fondant sur l’expérience directe. (…) Son ouvrage est celui d’un savant, d’un spécialiste ; une étude sérieuse et précise, érudite sans rien de ce que l’on peut reprocher à l’érudition. Mais en le lisant, on s’aperçoit tout à coup à quel point il est rare qu’un commentateur, qu’un lettré ait la moindre expérience de ce qu’il décrit. Et l’on s’inquiète à l’idée que la plupart des études sur les passions humaines ou les opinions politiques de Shakespeare ont été conçues loin de la vie, dans le confort douillet de vieilles demeures anglaises enfouies sous le lierre. Kott est un tout autre genre d’homme. Comme Shakespeare, comme les contemporains de Shakespeare, il ne sépare pas le monde de la chair et le monde de l’esprit. Tous deux coexistent et se heurtent dans le même cadre: le poète a un pied dans la boue, un oeil sur les étoiles et un poignard dans la main. Les contradictions du monde vivant ne peuvent être niées.

Paradoxe omniprésent, qu’on ne peut discuter mais qu’il faut vivre : la poésie est une magie brutale qui brasse les extrêmes. Shakespeare est un contemporain de Kott. Kott est un contemporain de Shakespeare. Il parle de Shakespeare simplement, « de première main ». Son livre a la fraîcheur d’un témoignage écrit par un spectateur au sortir du « Globe », l’actualité directe d’une critique lue aujourd’hui sur un film nouveau. Pour le monde savant, cet ouvrage est un apport précieux ; pour les gens de théâtre, une contribution inestimable ; pour le public, une révélation.

En tournée

2014/2015

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Dossier de presse

Crédits

Mise en scène : Ézéquiel Garcia-RomeU
Manipulation des marionnettes : Christophe Avril et Ézéquiel Garcia-Romeu
Avec : Odile Sankara
Collaboration artistique et dramaturgie : Laurent Caillon
Scénographie et lumières : Ézéquiel Garcia-Romeu et David Pasquier
Machinerie et marionnettes : Ézéquiel Garcia-Romeu
Peintre décorateur : Claudia Andrea Mella Diaz
Construction décor et accessoires : Christophe Avril
Production : Théâtre de la Massue, Compagnie Ézéquiel Garcia-Romeu
Coproduction : Théâtre National de Nice, CDN d’Aubervilliers, Théâtre de la Commune 
Avec l’aide de la DRAC PACA, La ville de Nice, Le Département des Alpes-Maritimes, La région PACA, L’aide à la résidence de Conseil Général de la Seine Saint Denis